Menu

Et l’homme donna la parole aux Chatterbots…

1 mars 2017 - articles
Et l’homme donna la parole aux Chatterbots…
Les chatterbots, chatbots ou agents conversationnels existent depuis plusieurs années, et sans vraiment leur avoir prêté l’attention qu’ils méritent, la plupart d’entre vous les ont déjà rencontrés. Certains les fréquentent assidûment. De là à demander la main d’un chatterbot et à passer devant le maire et le prêtre (choisissez l’ordre qui correspond à vos convictions), il y a encore un peu de marge, même si Ray Kurzweil, responsable de l’intelligence artificielle chez Google, nous assure que son chatterbot (Ramona) sera très bientôt sexy. Mais peut-être l’énigmatique Ramona l’est-elle déjà, qui sait ? Sa popularité sur Internet n’est pas négligeable, en tout cas.

 

Mais à quoi servent donc les chatterbots, ces programmes informatiques dotés d’une intelligence artificielle dite faible ? On les rencontre dans les services après-vente en ligne, sur le site d’EDF, de la SNCF, etc. Leur rôle ? Répondre à des requêtes au moyen de phrases toutes faites préenregistrées et stockées dans des banques de données. La part belle est naturellement faite aux chatterbots à usage commercial. Les chatterbots plus élaborés, les Mylène, Waelin, ou encore Ramona créée par Kurzweil Technologies sont davantage destinés aux « geeks » curieux des progrès de l’intelligence artificielle.

 

Mais ces programmes sont-ils si faibles que cela intellectuellement parlant ? Mylène, un des rares chatterbots français, créée par Denis Robert, un passionné d’intelligence artificielle, a été baptisée ainsi car l’informaticien n’avait pas une haute opinion du Q.I de la chanteuse… Oh, le vilain. Toujours est-il que vous avez votre réponse : non, actuellement, aux yeux des spécialistes de l’intelligence artificielle, les chatterbots ne sont pas très intelligents. Mais ils sont destinés à évoluer. Et ils évoluent vite, oh ! que oui.

Mylène, nous explique Denis Robert, a deux modes de fonctionnement en parallèle. « Un premier mode qui comprend une analyse complète de la phrase et une construction totale de la réponse. Mais, comme ce premier mode est très compliqué et très imparfait, il ne marche pas toujours. Dans le cas où cette première phase a échoué, il y a donc ensuite une deuxième phase plus classique qui consiste à réagir à des mots-clés et des bouts de phrases, avec des réponses préenregistrées.« 

 

Les géants de l’Internet, Google, Microsoft, Facebook, Amazon ont de grandes ambitions et les moyens de les réaliser. Le succès de leurs concurrents chinois avec leurs programmes placés dans plus de 20 millions d’entreprises n’y est pas étranger. Mais cela n’explique pas tout. L’apprentissage profond des machines, en anglais Deep Learning, permet de voir aujourd’hui beaucoup plus loin, certains n’hésitant pas à parler de révolution : l’apprentissage profond a effectivement pour particularité de permettre aux machines de construire une mémoire et d’évoluer par elles-mêmes.

 

Satya Nadella, patron de Microsoft, a annoncé à l’occasion d’une conférence de développeurs, fin mars 2016 : « Commander un taxi, acheter un billet d’avion ou une pizza, tout ce que vous faites aujourd’hui en surfant sur le net ou via une appli, vous le réaliserez demain avec un bot. »

 

A terme, le smartphone devrait se voir en effet équipé d’un assistant personnel en mesure de se mettre en relation avec toutes sortes de services.

Un autre domaine où nous devons nous attendre à voir les chatterbots foisonner : l’éducation en ligne. Mais ne s’agit-il pas là encore de commerce ? Bill Gates, dans une interview récente accordée à The Verge a révélé le potentiel énorme des chatterbots. Le chatterbot, selon l’homme le plus riche de la planète, peut réellement tenir une conversation avec un élève, comme le ferait un tuteur, traiter des sujets les plus difficiles, et même ceux réclamant le plus de subjectivité.

Les robots-tuteurs auraient un grand mérite, celui de pouvoir s’adresser simultanément à des millions d’adolescents, ce qu’un être humain serait bien en peine de faire. Un chatterbot, conçu pour l’apprentissage de l’anglais sur eflclassroom.com/bots/ebot2.html, peut donner au lecteur une idée de ce que le futur nous réserve dans le domaine de l’éducation. Mais cela demeurerait néanmoins incomplet : Bill Gates affirme bien qu’un chatterbot est capable d’aborder les sujets les plus difficiles, et même ceux réclamant le plus de subjectivité… Comment est-ce possible ? La réponse se trouve peut-être dans la conviction de Ray Kurzweil, le père de Ramona, selon laquelle son chatterbot, dans sa version 11 dont l’avènement est prévu pour 2029, passera triomphalement le test de Turing[1].

 

 

Franck Lambert.

[1]

Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publication Computing machinery and intelligence, son test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l’aveugle. Si l’homme qui engage les conversations n’est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l’ordinateur a passé avec succès le test.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *