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L’intelligence artificielle forte décolle… Les machines seront-elles bientôt réellement capables d’amour ?

7 mars 2017 - articles
L’intelligence artificielle forte décolle… Les machines seront-elles bientôt réellement capables d’amour ?

Lorsque le gourou du transhumanisme, Ray Kurzweil, publiait en 2005 son best-seller « Singularity is near » (en français, Humanité 2.0), il soignait comme il a coutume de le faire son image de prophète. Dans cette mise à jour de ses précédents ouvrages, Ray Kurzweil, le salarié de Google qui veut terrasser la mort, parlait d’un concept qui lui tient particulièrement à cœur : la « singularité ».

La singularité, c’est cette idée qui veut que le progrès technique – exponentiel – donnera fatalement naissance un jour prochain à des machines autonomes plus intelligentes que les humains.

Selon Ray Kurzweil, l’un des relais les plus actifs de ce concept avec Peter Thiel, fondateur libertarien de PayPal, le basculement devrait intervenir entre 2030 et 2040.

Certains sourient en écoutant Ray Kurzweil – surtout en France, d’ailleurs. Ils ont tort. Mais il n’est pas rare non plus de trouver en France, du fait de l’héritage philosophique de ce pays, un esprit critique féroce et des scientifiques qui considèrent les recherches en intelligence artificielle avec plus de méfiance qu’ailleurs. Qui est donc Ray Kurzweil ?
Ray Kurzweil est avant tout un ingénieur et un chercheur. C’est un inventeur prolifique décoré par plusieurs présidents américains. Son curriculum vitae laisse littéralement sans voix. Il est diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT), créateur de plusieurs entreprises pionnières dans le domaine de la reconnaissance optique de caractères (OCR), de la synthèse et de la reconnaissance vocales, et des synthétiseurs électroniques. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages sur la santé, l’intelligence artificielle, la prospective et la futurologie et il est le fondateur de la Singularity University. Titulaire du prestigieux prix américain de la technologie, il est décrit comme une machine cérébrale ultime par Forbes. Il est, depuis 2012, directeur de l’ingénierie chez Google où il travaille naturellement sur l’intelligence artificielle, les cerveaux numériques et l’apprentissage automatique. Ray Kurzweil confiait dès 2014 au Guardian qu’une partie de son travail consistait à rendre les machines capables de comprendre le langage qu’elles traitent.

Selon Ray Kurzweil, les ordinateurs seront, dès 2029, dotés « d’intelligence émotionnelle, pourront être drôles, comprendre des blagues, être sexy, aimants et percevoir les émotions humaines ». L’humanité, dit-il, se situe à un tournant.
Nous voulons bien le croire…

Mars 2016 voyait le triomphe d’Alphago, ordinateur spécialisé dans le célèbre jeu de stratégie chinois multimillénaire. Lee Sedol, l’un des grands maîtres du go, devait s’incliner face à la machine. Score définitif : 4 victoires à 1. Au cours de ces rencontres, l’ordinateur développé par DeepMind (entreprise britannique rachetée en 2014 par Google – une fois encore) a démontré sa capacité à s’adapter, à évoluer, à faire preuve de créativité et d’intuition.

Le jeu de go représentait le défi ultime pour l’intelligence artificielle en raison du nombre immense de combinaisons possibles, c’est-à-dire de manières dont la partie peut se dérouler : 10 puissance 160, contre 10 puissance 120 aux échecs. La défaite de Garri Kasparov contre DeepBlue, fabriqué par IBM, remontait à 1997. Mais, à vrai dire, personne n’attendait si tôt la victoire d’une machine contre un être humain au jeu de go.

Peu après cet événement, Yann Lecun, créateur et directeur du laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook, a déclaré que nous devrions voir dans les vingt ans l’émergence d’une Intelligence Artificielle telle qu’on la trouve dans le film « Her » (prédiction somme toute assez voisine de celle de Ray Kurzweil). Notons que Facebook continue de travailler sur le développement d’un assistant personnel qui, à terme, fonctionnera comme une super-application, rendant toutes les apps inutiles.

Un journaliste de Buzzfeed a pu essayer M, l’assistant personnel intégré au sein de l’application Facebook Messenger, et a constaté que le service peut d’ores et déjà répondre à des demandes très variées : trouver un restaurant végétarien à proximité de sa localisation, fournir des avis sous forme de screenshots du restaurant conseillé, proposer un vol pour San Francisco, en confirmer le trajet ou encore ajouter le vol à son agenda.
Les autres géants de l’Internet, Google, Apple, Microsoft, labourent le même sillon.

Dans « Her », film réalisé par Spike Jonze en 2014, Theodore, écrivain public joué par Joaquin Phoenix, installe sur son smartphone un système d’exploitation OS1 auquel il donne une voix féminine (interprétée dans le film par Scarlett Johansson). Le système d’exploitation se choisit comme prénom celui de Samantha. Samantha est une intelligence artificielle conçue pour s’adapter et évoluer. Elle noue bientôt une relation amoureuse avec Theodore.

Notre époque flirte véritablement avec la science-fiction. A ma question concernant la validité de la prédiction de Yann Lecun, Denis Robert (créateur de chatterbots) me répond : « Tout est une question de moyens et de puissance de calcul.

Donc oui, un jour il y aura des intelligences artificielles du type de celle du film « Her ». Après, je ne sais pas quand, dans dix ans, vingt ans ou cinquante, je ne sais pas. Ceux qui se risquent à des prévisions ont en général des intérêts économiques et travaillent pour des grosses entreprises. »
Les échecs, le jeu de go, un super-assistant personnel qui boute toutes les autres applications hors d’Internet… Puis enfin l’amour, peut-être… Voici un domaine que l’on supposait jusqu’alors bien étranger aux machines. Certes, il ne faut pas oublier que « Her », en plus d’être un film d’anticipation subtil, est aussi une comédie tendre qui a mis le doigt sur l’un des maux de nos sociétés occidentales : la solitude, vaste marché s’il en est. « Ceux qui se risquent à des
prévisions ont en général des intérêts économiques et travaillent pour des grosses entreprises. », m’écrivait Denis Robert. Voilà une phrase qui donne beaucoup à réfléchir.

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